23/01/2007
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Il n'y a que ceux qui rampent qui ne trébuchent pas.
(proverbe chinois)
Affaire Nichane. Pourquoi nous nous arrêtons là
Par Ahmed R. Benchemsi,
Directeur général de Nichane et du groupe TelQuel
Et voilà. Le 15 janvier, la justice a dit son mot. Driss Ksikes et Sanaa El Aji, respectivement directeur de la publication et journaliste de Nichane, ont été condamnés à trois ans de prison avec sursis et 80 000 DH d'amende chacun. Quant au magazine Nichane lui-même, il a été interdit de parution pour une période de deux mois, à compter de l'énoncé du verdict. Nous respectons cette décision de justice, mais nous avons quand même le droit de la commenter. Qu'en dire ? Que Driss, Sanaa et Nichane méritaient cette peine ? Certainement pas. De la prison (même avec sursis) et une interdiction de parution (même temporaire), c'est lourd, très lourd, quand le seul “crime” consiste à avoir rapporté des blagues.
D'un autre côté, ce n'est pas pour rien que notre credo éditorial, à TelQuel autant qu'à Nichane, est “le Maroc tel qu'il est”. Et le Maroc tel qu'il est, c'est notamment un pays dont le Code de la presse, archaïque et liberticide, prévoit des peines de prison ferme et des interdictions définitives quand on est condamné pour “atteinte aux sacralités”. Nous avions plaidé innocent, la Cour a estimé que nous étions coupables. Soit. Mais grâce à Dieu, le juge n'a pas suivi toutes les requêtes du ministère public : il n'y a pas eu de prison ferme, et l'interdiction n'a été que temporaire. Quant à l'interdiction d'exercer le journalisme pour Driss et Sanaa (requise aussi par le procureur), elle a été expressément rejetée. Dans une logique strictement légale, le juge, puisque convaincu de notre culpabilité, a émis un verdict “clément”. Et dans une logique politique, ce verdict était “équilibré”. D'une part, il a “contenté” les islamistes et les conservateurs, parce que le “crime” de Nichane (c'est ainsi que certains l'ont qualifié !) n'est pas resté impuni. D'autre part, il a “contenté” les journalistes et tous les épris de liberté, parce que le pire (la prison ferme et/ou l'interdiction définitive) a été évité. Et nous, sommes-nous “contents” ? Non, pas du tout. Nous sommes à la fois soulagés et consternés. En fait, nous sommes perplexes. En haut lieu, nous dit-on, on estime que ce verdict a contenté tous les Marocains, parce qu'il a permis de tuer dans l'œuf une “crise nationale” qui se profilait.
La passion a submergé la raison, les nuances ont été balayées par l’outrance. Nous ne ferons pas appel, pour ne pas risquer de relancer cette folie collective.
Objectivement, c'est hélas la vérité : une crise se profilait, et menaçait de devenir nationale. Dès ce fatidique 20 décembre, dès la minute où le premier ministre a interdit Nichane, où son directeur et sa journaliste ont été inculpés d'“atteinte aux valeurs sacrées”, et où des religieux de toutes obédiences ont fait assaut de zèle et de suivisme pour nous clouer au pilori (le tout, longuement retransmis à la télévision), la rue s'est emparée du débat. Et comme à chaque fois que la rue s'empare d'un débat, les nuances sont balayées par la fureur et l'outrance. De journalistes qui cherchent à décrypter les ressorts de l'humour populaire, nous sommes vite devenus des “apostats qui insultent l'islam”. Nous avions beau expliquer, encore et encore, que nous n'avions pas inventé ces blagues, que nous n'endossions pas leur contenu mais uniquement les dix pages d'analyse qui les environnaient (et que personne, hélas, n'a lues), que nous ne cherchions évidemment pas à insulter l'islam, ni à offenser personne, et que si certains s'étaient sentis offensés, nous leur présentions nos plus sincères excuses… rien n'y faisait. Les menaces de mort se multipliaient et la polémique de rue devenait de plus en plus caricaturale, de plus en plus dangereuse. Et elle enflait, enflait… Le verdict du 15 janvier - ou du moins, sa lecture politique - a “dégonflé” la crise en donnant des motifs de satisfaction (partielle) aux raisonnables comme aux déraisonnables.
Faut-il faire appel ? Faut-il relancer le processus judiciaire, avec tous les dangers collatéraux qu'il comporte ? Pour le Pouvoir, ne soyons pas naïfs, un verdict encore plus “clément” serait politiquement inenvisageable ; et l'innocence, hors de question. Mais surtout, combien de temps encore le processus d'appel durerait-il ? La polémique risquerait de rebondir, le malentendu de s'approfondir encore plus, la crise d’enfler de nouveau… Qui sait si certains groupes extrémistes ne profiteraient pas de ce délai supplémentaire pour exploiter politiquement l'affaire, en versant encore plus d'huile sur le feu ? Jusqu'où cette folie collective pourrait-elle aller ? Nous nous sommes donc retrouvés, à Nichane, face à ce terrible dilemme : renoncer à défendre en appel notre bonne foi (dont nous restons convaincus) et donc subir en silence les lourdes condamnations prononcées en première instance… ou aller en appel, au risque d'être à l'origine (involontairement, mais qu'est-ce que cela changerait ?) d'une déflagration sociale qui échapperait au contrôle de tous. Nous avons tranché : nous ne ferons pas appel. Nous ne donnerons pas une nouvelle chance à la passion de balayer la raison. Nos droits nous sont chers, mais pas plus que la stabilité de notre pays. Parce que nous y vivons, parce que nous y travaillons, et parce que nous continuerons à y travailler. Dans deux mois en ce qui concerne Nichane, puisque la justice, hélas, en a décidé ainsi.
Beaucoup de pratiques sociales “islamiquement incorrectes” existent, et continueront à exister. Et nous continuerons à les rapporter, parce que c’est notre métier. Que cela plaise ou non.
Une question, évidemment, se pose. Comment allons-nous continuer à travailler ? Beaucoup ont interprété nos excuses comme une sorte de repentir global sur notre ligne éditoriale - et donc comme la promesse implicite que nous allions la changer. Une (nouvelle) clarification s'impose. Nos excuses étaient adressées à ceux qui s'étaient sentis offensés. Et elles étaient sincères, parce que nous ne voulions, sincèrement, offenser personne. à la limite, s'il y a quelque chose à avouer (nous l'avons fait devant le juge), c'est une erreur d'appréciation. Nous ne pensions offusquer personne, nous nous sommes trompés. Dont acte, et regrets. Mais toute la société s'est-elle sentie offusquée par ces blagues, les plus inoffensives, franchement, parmi toutes celles qui circulent ? Certainement pas. Il y a d'abord une grande partie de la société, pas moins musulmane que l'autre, mais qui a une vision plus libérale de la religion. Des Marocains, sans doute la grande majorité, dont la foi est beaucoup trop profonde pour être “ébranlée” par de simples blagues. Il y a ensuite cette partie - non négligeable - de la société qui invente et colporte ces mêmes blagues, sans pour autant cesser d'être musulmane. Simplement parce que l'humour et l'autodérision ont toujours existé, de tout temps et sur tous les sujets, et qu'ils restent d'indispensables soupapes de décompression du corps social. C'est justement ce qu'expliquait notre article. Procès ou pas, verdict sévère ou pas, cette réalité sociale existe, et continuera à exister.
Beaucoup d'autres réalités sociales qui ne plaisent pas aux islamistes existent, et continueront à exister. Et nous continuerons à les rapporter, parce que c'est notre métier. Que cela plaise ou non. Nous continuerons aussi, dans nos chroniques et éditoriaux, à défendre les valeurs de liberté, de modernité et d'ouverture. Que cela plaise ou non. Chacun défend ses convictions, et les convictions des uns contredisent les convictions des autres. C'est ainsi que fonctionnent les démocraties, et ne pas accepter les débats contradictoires, c'est ne pas accepter la démocratie. Que ceux qui ne sont pas d'accord avec nous nous répondent, ça aussi, ça fait partie du débat démocratique. Mais qu'ils nous accusent d'“attaquer” ou d'“insulter” l'islam, à chaque fois que nous dévoilons ou que nous nous interrogeons sur une pratique sociale qu'ils jugent “islamiquement incorrecte” (mais qui n'en existe pas moins), ça, ça ne relève pas de la démocratie. Ça relève de la pression politique et du “takfirisme” (à peine) détourné. Autrement dit de la menace, de l'incitation à la haine, voire à pire. Nous ne l'accepterons jamais.
Il nous reste à remercier chaleureusement tous ceux, et ils sont très nombreux, au Maroc comme à l'étranger, dans le monde musulman comme en Occident, qui nous ont compris et défendus : confrères, instances et organisations professionnelles, défenseurs des droits de l'homme, intellectuels, politiciens et, surtout, lectrices et lecteurs, par milliers. Ils sont, vous êtes notre capital le plus précieux. L'équipe de Nichane vous donne rendez-vous le 17 mars - et d'ici là, TelQuel lui ouvrira largement ses colonnes. Restez-nous fidèles. Vous êtes notre raison d'exister, et c'est pour vous que nous continuerons à nous battre.
PS: Pour ceux qui n'ont pas suivi, voici ce qui s'est passé: http://www.telquel-online.com/253/maroc1_253.shtml
27/12/2006
Solidarité avec Nichane
18:30 Publié dans Maroc | Lien permanent | Commentaires (199) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21/11/2006
J'arrête...
Par honnêteté bloggienne, j’ai décidé d’arrêter momentanément de bloguer. Depuis quelques temps, je manque affreusement de temps… et d’inspiration (je ne faisais plus que reprendre mes chroniques sur mon blog).
Je reviendrai peut-être un autre jour…
En attendant, bloguer était une très belle expérience de vie que je dois à mon ami Kamal et à travers laquelle j’ai fait la connaissance de personnes merveilleuses.
Merci à vous tous pour ces agréables moments de partage.
10:18 Publié dans San'Actu | Lien permanent | Commentaires (78) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15/10/2006
Batoul bébarque
بطاقة تعريف:
الاسم الشخصي: الباتول – الاسم العائلي: مجهول
من مواليد سنة 1971 - مطلقة وذات سوابق مجتمعية خطيرة – فضولية رغم أنفها –
محللة اجتماعية غير معترف بها قانونيا ولا علميا.
كان للباتول موعد أمام الماكدونالدز. إحدى الأماكن النادرة في هذا البلد الجميل التي يمكن للفرد فيها أن يقابل أشخاصا من مختلف الفئات العمرية والمجتمعية. وصلت –كعادتها- بعد الموعد ببضع دقائق. تأملت ببلاهة الشباب المحلقين حولها والرافعين لشعارات التجديد من خلال موضة الوشم و البيرسينغ والبنطولات التي تظهر جزءا لا بأس به من مؤخراتهم... أسلوب متجدد باستمرار للتموقع المتميز على خارطة الزمن... أسلوب كثيرا ما يستفز حاميي القيم والأخلاق والمؤخرات. بمظهرها الكلاسيكي وشعرها الطويل وتخوفاتها الأسطورية، تحس الباتول أحيانا بأنها عجوز هرمة أمام هذا التغير المفاجأ في العادات والموضة، الإحساس المقيت بأنها امرأة آتية من زمن آخر، زمن ربما انتهى... حين تواجه الباتول عالم شباب العهد الجديد، نكتهم، مقالبهم، أفكارهم... تتذكر فجأة أنها تجاوزت الثلاثين ببضع سنوات وأن الأمر لا يتوقف ربما عند مجرد تهيؤات قد توحي لها "خطأ" بأنها أحيانا تصبح "امرأة متجاوزة".
بحثت بين الوجوه الضاحكة والشفاه المبتسمة عن وجه تعرفه ولا تعرفه. عن رجل واعدها في الهاتف، وقبل ذلك عبر إيميل يفيض شاعرية وأحاسيس متدفقة، على أن يبدآ اليوم خطوة جديدة في تجربتهما. تملكها ذلك الارتباك العذب الذي يكتنف الحواس عند اللقاء الأول مع شخص تعلقنا به من خلال الهاتف والنيت لا غير. ارتباك يذكرها بمواعيدها الغرامية الأولى، منذ سنوات خلت. تلك القشعريرة اللذيذة التي تسري في الجسد والتي لا يعرفها إلا العشاق. لكن عشقها اليوم من نوع آخر... عشق أنترنيتي... عشق على غرف الدردشة التي يدمنها البعض إدمانا قد يدفع بالعالم الغربي المتقدم إلى افتتاح مراكز خاصة لعلاج هذا النوع من الإدمان المرضي في أحيان كثيرة... غريبة هي علاقتنا اليوم بالشاط وبالانترنيت في بلد نصف أبناءه لم يعرفوا يوما طريق المدرسة. ابتسمت الباتول وهي تتذكر والدتها، المرأة الأمية البسيطة الآتية من البادية، وهي تحدث أختها المقيمة بمدينة نانت الفرنسية عبر السكايب. الأمريكيون نفسهم –بديمقراطيتهم المميزة- لا يعرفون ولم يعرفوا قط طفرة من هذا النوع. هو هكذا مغربنا الجميل الرائع السائر في طريق النمو بكل تناقضاته.
تعرفت عليه الباتول بسهولة. شعره الأسود الكثيف ونظاراته الفضية، تماما كما رأتهما في الصورة التي توصلت بها منذ أسابيع عبر الإيميل. منذ لقائهما الأول في أحد صالونات الدردشة، وقع بينهما تقارب سريع. تطورت الأمور وصارا يقضيان سهراتهما أمام الكمبيوتر إلى ساعات متأخرة من الليل. كانت الباتول تصارع الجميع وتتوسل متضرعة لتنفرد وحدها بجهاز الكمبيوتر وبنقرات الأزرار وهي تدردش كتابيا مع إدريس. تحدثا عن أسرته وعن أسرتها، عن زوجها السابق، عن حبيباته السابقات، عن مطربيهما المفضلين، عن نهائيات كأس العالم، عن الكليب الأخير لهيفاء وهبي وعن الحرب في لبنان... تحدثا عن الحب وعن المطر وعن نزار قباني ومحمد شكري، عن العطلة الصيفية وعن برامج التلفزيون في رمضان المقبل... أصبحت لقاءاتهما على الإيميسين نوعا من الإدمان اللذيذ الذي تتشوق له الباتول كل يوم وكل ليلة. إلى أن اقترح إدريس موعد الماكدونالدز...
استمتعت بتأمله من بعيد مدركة أنه لن يتعرف عليها لأنها لم تبعث له بأي صورة لها ولأنها رفضت استعمال الويب كام رغم مطالبته بها أكثر من مرة. نوع من الـ suspens الممتع يجعلها تطيل اللعبة وهي في موقع القوة –مادامت بعد قادرة على ذلك-. وجدته وسيما وأنيقا، لكنها استغربت ربطة عنقه يوم سبت من أواخر غشت... لم تعر الأمر اهتماما واقتربت من فارسها الجميل مبتسمة. "إدريس، أنا الباتول...". نظر إليها مليا والصدمة على محياه. لم يتكلم. لم يبتسم. لم يعلق على تأخرها. لم يتحدث عن نانسي عجرم ولا عن إسرائيل العدوة ولا عن كرة القدم. صمت طويلا قبل أن يقول لها بلهجة يمتزج فيها التردد بالمفاجأة القاتلة: "ما ڴلتيش ليا بأنكي كحلة"... لم تعشق الباتول في حياتها عبد الهادي بلخياط كما عشقته في تلك اللحظة. "والصدمة كانت قوية... وكانت قوية"... ابتسمت قبل أن تعلق: "أنا ماشي كحلة أيها البليد... أنا سمراء... سمراء جميلة عاشت معك وهما أسودا... آش داني لشي إيميسين نمشط ليه راسو؟"
نيشان - 9 شتنبر 2006
17:25 Publié dans Batoul lafdoulia | Lien permanent | Commentaires (46) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
02/10/2006
J’ai vu tuer Chama
Oui… Chama n’existe plus...
La rédactrice en chef de Citadine a choisi de l’enterrer au bout que quelques mois seulement d’existence, dès que j’ai commencé à écrire également pour Nichane, nouvel hebdomadaire arabophone.
J’ai essayé d’expliquer que la cible n’était pas la même, que les lignes éditoriales des deux magazines étaient différents et que la langue était différente… Rien à y faire…
J’ai essayé de donner l’exemple de nombreux chroniqueurs qui écrivent pour différents supports. Rien !!!!
C’est donc avec beaucoup de peine que je vous annonce que Chama n’existe plus… Mais c’est aussi avec énormément de joie que je vous annonce la naissance d’El Batoul qui arrivera bientôt sur ce blog.
13:20 Publié dans Les tribulations de Chama | Lien permanent | Commentaires (36) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10/09/2006
Mon boss et moi... Jour après jour, la même histoire
Mon nouveau patron est trop stressant. Il me rend dingue. Folle. Stressée. Cinglée. Angoissée. Effarouchée.
Quand, la semaine dernière, une note de la DRH nous annonçait la promotion de celui qui était notre chef hiérarchique, nous étions tous très heureux pour lui. Certains (comme moi) avaient commencé dans la boîte avec lui avaient beaucoup appris à ces côtés. Il s’agit de ce genre de patrons qui vous fait aimer votre travail, vous donne envie de ne jamais partir chez vous avant de boucler le dossier sur lequel vous travaillez. L’idée de falsifier un certificat médical pour justifier une absence de 3 jours, passés chez vous à vous prélasser et à vous moquer du patron qui s’est fait avoir, ne vous effleure même pas l’esprit. Vous vous engagez dans votre travail corps et âme car il sait motiver ses équipes et les récompenser à leur juste valeur.
Qu’est ce que vous avez à lire en vous attendant à une suite du genre : « réveillez-vous, ceci n’est pas vrai.» ? Ce genre de patrons existe bel et bien et moi, Chama Watani, du haut de mes 33 ans, je l’ai connu et j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui.
Et puis, un beau jour de printemps, on nous annonce sa promotion. Au début, toute l’équipe était heureuse pour lui (oui, je sais, je me répète). Il a fallu que Mourad, aussi désintéressé qu’il l’a toujours été, lance froidement : «Et le nouveau directeur, ce sera qui à votre avis ? ». La gifle. La question à laquelle personne n’avait encore pensé.
Les pronostics ont alors commencé à fuser de partout. Monsieur Alami ? Non, il n’a pas les compétences requises pour gérer une grande équipe. Madame Boukili ? Non plus, c’est une femme et les femmes sont incapables de gérer le stress (celle-là, c’est –surprise- une femme qui l’a sorti… Oui oui oui, je vous assure). Pourquoi pas Monsieur Berrada? Non, lui, c’est un bon financier, mais très mauvais manager. Et puis, vous savez, il est connu pour sa pratique de l’harcèlement sexuel. Toutes les femmes qui travaillent avec lui en souffrent.
« Ah là là, j’en crois pas mes oreilles, s’écria Sonia, ma collègue hyper super méga branchée et complètement déconnectée de la réalité de ce pays. Le snobisme personnifié… Une autre Madame Tazi (Chkoun Madame Tazi ? Celle de Gad bien sûr…). L’harcèlement sexuel ? Vous imaginez ça ? Moi je démissionne tout de suite… »
Ferai-je de même ? J’en sais rien. J’ai trop besoin de mon salaire. Mais je ne sais pas si je résisterai à la pression d’un patron de cette catégorie. Je n’ai jamais compris cette attitude d’ailleurs. Des femmes prêtes à vivre des aventures, ça existe chez nous tout de même, et pas que des prostituées. Pourquoi avoir à faire du chantage et à exercer de la pression pour amener une femme dans son lit ? C’est certainement une des manifestations de la maladie d’abus de pouvoir. Et puis, je parie que c’est souvent des mecs incapables de procéder normalement pour séduire une femme. Où ils sont trop moches, ou ils sont nuls au lit. Une femme normalement constituée ne voudrait peut-être pas d’eux. Une subordonnée dépendant d’eux (et probablement impressionnée/intimidée par leur statut), pourquoi pas ?
Bref, en tout cas, les pronostics se sont poursuivis et ont donné lieu aux plus créatives des imaginations. Combien de personnes ont été nommées et combien d’autres déchues de leurs postes. Rien ne filtrait d’en haut… Jusqu’au jour où Monsieur Alami a débarqué dans notre département… Oui oui, celui-là même qui n’a pas les bonnes compétences pour gérer une équipe. Et notre équipe n’en était pas une ordinaire. C’était une ééééééééééééééquipe.
Ça fait presque 6 mois maintenant… Sonia a démissionné (non pour cause d’harcèlement sexuel mais pour cause d’harcèlement tout court), Mourad a eu une dépression, Laila pleure tout le temps, et moi, je fais des cauchemars toutes les nuits, et même le jour parfois.
Non seulement Monsieur Alami ne sait pas déléguer, mais en plus, le jour où une mouche le pique et qu’il le fait, il appelle la personne en charge du projet toutes les 5 minutes et gueule toutes les 10 minutes parce qu’il « ne peut compter sur personne dans cette boîte ».
Après le travail par objectif en vigueur dans le département du temps de notre ex patron, nos horaires d’arrivée son verrouillés et ceux de départ ne sont jamais connus dans le sens où on ne sait jamais à quel heure on va partir et dans le sens où les urgences chez Monsieur Alami tombent souvent un quart d’heure avant l’heure officielle de sortie. Le travail en équipe est devenu de l’histoire ancienne, parce que Monsieur le directeur estime qu’on passe plus de temps à papoter qu’à travailler. Et puis, sa meilleure attitude managériale. Ma préférée. C’est la réunion matinale quotidienne. Tous les jours à 8h l’équipe se réunit pour « faire le point et décider des actions à entreprendre ». Tous les jours à dire (presque) la même chose. Tous les jours à répéter et à écouter les mêmes remarques et surtout, beaucoup de temps perdus. Et de plus en plus de tensions en interne. Même en cette période de vacances.
Les vacaaaaances… justement. Personnellement j’ai toujours préféré partir en septembre. Quand c’est plutôt calme, que les vacanciers de juillet sont déjà fatigués et que les tarifs des hôtels et compagnies de transports sont moins chers. Ce choix arrangeait une bonne partie de mes collègues mariés qui préféraient partir en famille pendant les vacances des enfants. Mais cette année, le directeur en a voulu autrement pour pas mal d’entre nous… Lamia était en larmes hier. Son congé était signé depuis deux semaines, ses réservations faites, ses enfants enflammés depuis quelques jours déjà, fatigués d’avoir passé tout le mois de juillet à la maison… Et puis, lors de la réunion matinale de vendredi, Monsieur le directeur, enragé par ce qu’il a appelé manque de productivité de la part de Sofiane, lui a confié son dossier… Alors qu’elle était sensé être en vacances la semaine suivante… « Mais Monsieur… » Rien à y faire… Personne ni rien au monde ne l’aurait fait changé d’avis… et ça, nous le savions tous.
«Je partirai en vacances avec mon mari et mes enfants, adviendra ce que pourra ! » nous lança-t-elle avant de se moucher le nez dans son 17ème kleenex de la matinée… Pauvre Lamia. Je l’ai regardé en pensant à mes plans sur les plages d’Essaouira en septembre. Les petites vagues qui se casseront sur mes pieds. Mes balades matinales sur la plage vide. Mes après-midi lecture. Mes grasses matinées dans les bras de Morphée. Je savais que le fabuleux destin de Lamia risquait de me rattraper et que je devrais, par conséquent, anticiper et acheter un plein de kleenex. Finalement, cette année, j’aurai compris que ceux qui sont partis en juillet étaient beaucoup plus chanceux…
Déçue par anticipation, j’ai abandonné les autres membres de l’équipe (enfin, ce qui en reste) en train de consoler la jeune femme en larmes, en rabâchant pour la nième fois les mêmes plaintes, les mêmes critiques et les mêmes lamentations. Et comme lors de l’invasion américaine en Afghanistan, la guerre en Irak ou encore les récentes attaques au Liban… Nous nous sommes contentés de pleurnicher notre sort, de décrier l’injustice des plus forts et leurs erreurs monumentales à notre égard. Personne n’a bougé le petit doigt pour faire changer les choses… C’est à se demander si ce n’est pas d’abord de notre faute…
Sanaa Elaji
Citadine – Septembre 2006
« Aimez profondément et passionnément. Vous pouvez être blessé, mais c’est la seule façon de vivre intensément» (Proverbe chinois)
« Aimer, c’est perdre le contrôle. » (Paulo Coelho)
« On peut vaincre avec une épée et être vaincu par un baiser. » (Daniel Heinsius)
20:06 Publié dans Les tribulations de Chama | Lien permanent | Commentaires (35) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16/08/2006
Je t'aime ma chérie... Mais je suis marié
Les hommes sont tous les mêmes. Lâches. Menteurs. Tricheurs. Perfides. Trompeurs… (Consultez le dictionnaire des synonymes pour la suite)… Je n’ai jamais compris leur attitude à vouloir toujours mentir pour cacher leurs faiblesses et leurs mauvaises intentions. Pourquoi un homme n’est-il pas capable de dire à une femme que tout simplement, elle lui plait, et qu’il a envie de passer du bon temps avec elle ? Pourquoi un homme est-il toujours obligé de feindre un amour surdimensionné pour amener une femme dans son lit ? Pourquoi un homme est-il toujours obligé de promettre monts et merveilles et de faire croire en un amour éternel pour faire céder une femme ? Pourquoi un homme n’aurait pas tout simplement le courage de regarder une femme dans les yeux pour lui dire : « je te trouve charmante et sexy, tu me plais… et je pense qu’on pourrait passer du bon temps ensemble» ? L’avantage de cette démarche est de permettre un jeu où les cartes sont dévoilées et les enjeux moins complexes, sans blesser ni ne tromper personne. Son inconvénient, effectivement, est de faire rater au mec une proie à priori facile et de faire fuir des filles, très souvent à la recherche de relations durables et longtermistes.
Au départ, je pensais que j’étais la seule « dindon de la farce », la seule à m’être faite avoir dans ce genre de mesquineries. Hier, j’ai enfin compris qu’il s’agit d’un sport mondial aussi largement pratiqué que le foot. Et je parie, sans nationalisme exacerbé ni optimisme exagéré, que pour une fois, dans le cadre d’éventuelles compétitions, nos chers compatriotes ont de fortes chances de se classer premiers.
Je me rappelle très bien de ma première rencontre avec Mounir. C’était à l’occasion d’une agréable soirée avec des amis. Totalement indifférente à lui au début, j’ai, petit à petit, commencé à céder à ses regards charmeurs. Il n’était pas beau, mais quelque chose se dégageait de lui. Une douceur, une tendresse, une attention que je n’avais jusqu’alors jamais vu chez un mec normalement constitué. Quelques jours -et quelques coups de fil- plus tard, je disais déjà à une amie : je crois que j’ai rencontré l’homme de ma vie. Trop précipité de ma part ? Oui, je le sais maintenant… Mais il faut dire qu’il a très bien joué son rôle. Même un Rachid El Ouali ne saurait lui faire face… ça me fait penser d’ailleurs à tous ces talents en herbe que personne ne prend en main. Tiens, c’est une bonne idée pour 2M. Une émission de fausse télé-réalité pour sélectionner les meilleurs 5 acteurs en arabe et les meilleurs 5 acteurs en français, en faire des stars pendant un hiver (l’été étant réservé à la chanson et le printemps à la création d’entreprise), leur permettre de jouer dans des sitcoms très mal réalisées et les jeter aux oubliettes en attendant l’hiver d’après. Je ne sais pas si Mounir participerait… D’abord il a dépassé l’âge autorisé par 2M (je parle bien évidemment de l’âge légal pas mental ni encore celui qui détermine notre niveau de maturité) et puis surtout, le problème avec ces personnes est qu’elles ne sont pas conscientes de leurs dons. Ni de leurs bêtises d’ailleurs. Encore moins du mal qu’elles causent aux autres.
Quand Bouchra, toute en larmes, s’est mise à me raconter son dernier ratage émotionnel, je voyais un triste film passer devant mes yeux, le mien, me rappelant les mêmes chapitres, le même scénario, les mêmes épisodes amers de mon histoire avec Mounir. Un homme marié, malheureux en couple, mais qui ne peut divorcer immédiatement parce que « c’est trop compliqué ». Il vous aime à la folie, comme il n’a jamais aimé une femme… Il vous raconte ses malheurs, ses larmes, ses blessures… Pleure dans vos bras… Vous raconte combien il se sent « lui-même » avec vous… Combien il regrette toutes les années passées loin de vous. Quand vous lui parlez, il vous écoute religieusement et compatit avec vos peines. Même quand vous vous posez ce genre de questions bêtes du style : « est-ce que je fais d’abord ma pédicure ou dois-je commencer par le shopping ?», il se met calmement à réfléchir avec vous. C’est un mec tellement parfait que quand vous lui dîtes que vous n’aimez pas cuisiner, il vous annonce qu’il y’a des femmes de ménages pour s’occuper de cela, et qu’il préfère que vous vous occupiez de vous d’abord plutôt que de passer votre temps dans la cuisine. Il adore votre implication au travail et votre dynamisme. Quand vous lui dîtes, un peu gênée, que vous êtes encore vierge, il vous prend tendrement dans ses bras pour vous rassurer et vous dire qu’il comprend parfaitement ce choix et que le sexe n’est pas tout dans votre relation. Tellement parfait que le jour où vous vous tapez une crise parce que votre papa vous empêche de sortir le soir, sous prétexte (bidon, cela s’entend, les parents ne réussiront jamais à nous comprendre) que vous êtes sorties trois soirs de suite, il vous téléphonera pour vous calmer et vous dire qu’il est triste de pas pouvoir être avec vous mais qu’il comprend parfaitement vos contraintes. Qu’il vous aime et tient à vous mais qu’il ne souhaite pas vous créer des problèmes. « Ce qu’il peut être compréhensif et adorable, mon amour à moi ! », vous dîtes-vous… et vous enlacez vos lauriers pour dormir en rêvant de lui, un grand sourire au coin des lèvres et une grande envie de partager tout, absolument tout avec lui, car bien évidemment, vous en êtes persuadée maintenant, c’est l’homme de votre vie…
Et puis les jours passent et les cartes commencent à se dévoiler une à une…Il appelle de moins en moins, il prétexte les visites de sa belle-famille, devant laquelle « faut jouer le jeu pour pas blesser sa femme », il s’invente des engagements à ne plus en finir et commence à être agacé de vos appels et de… vous… Les choses se tassent calmement et il commence à se plaindre des sandwichs que vous avalez à la va-vite et du coût exorbitant des sorties resto, en disant qu’il n’y a pas mieux qu’une bonne bouffe faite maison… Il trouve interminables vos après-midi shopping et insupportable vos retards répétitifs au boulot. Il s’agace et ne comprend pas qu’une fille aussi moderne que vous puisse vouloir garder encore sa virginité. Les visites de sa belle-famille se répètent anormalement, jusqu’au jour où il vient vous dire : « Je sais pas comment c’est arrivé… Ma femme est enceinte… C’est juste un accident crois-moi… Depuis que je te connais rien ne se passe plus entre elle et moi… Mais un soir, j’avais bu et…. Je te demande pardon… Je n’ai jamais aimé une femme comme je t’ai aimé… Mais là, ça devient compliqué et je ne voudrais pas te faire encore plus de mal… Pardonne-moi… Tu seras toujours ma plus belle histoire… Ma seule vraie histoire… »
Je ne comprends que trop bien le sentiment qu’éprouve Bouchra en ce moment: une grande tristesse d’avoir perdu un homme qui a tout fait pour qu’elle tombe amoureuse de lui, conjugué à l’amertume et l’humiliation suscitées par le sentiment d’avoir était trop bête, trop dupe, trop conne. « Comment ai-je pu être aussi aveugle ? »… Mais disons que dans un monde où presque toutes les histoires de couples se ressemblent dans leur tristesse et leur monotonie, on s’accroche au premier espoir d’amour vrai. Au premier leurre, parfois.
Bouchra est stupéfaite… Elle ne comprend pas que je puisse raconter son histoire au détail près… Le diable est dans le détail ma chérie… il est dans les hommes aussi… Certains en tout cas…
Sanaa Elaji
Les Tribulations de Chama – Citadine
Juillet-Août 2006
22:31 Publié dans Les tribulations de Chama | Lien permanent | Commentaires (106) | Trackbacks (40) | Envoyer cette note
11/07/2006
Lettre ouverte à un homme qui m'aime
Je me suis réveillée ce matin en me demandant si ce n’était pas qu’un rêve. Je suis seule à la maison. Mes parents sont en voyage depuis trois jours déjà et ils ne reviendront pas avant cinq autres jours. Ils s’inquiétaient pour moi et culpabilisaient de me laisser seule alors que moi, de mon côté, je m’en réjouissais. Ma mère a préparé des repas qui suffiraient à un bataillon pendant cette semaine et n’a pas arrêté de m’indiquer où se trouvait chaque chose à la maison. Mon père me conseillait et me re-conseillait de bien veiller à fermer la porte d’entrée en partant le matin et en revenant le soir. Décidément, pour nos parents, nous resterons toujours des mineurs qui ont besoin de leur protection et de leur soutien. Je les regardais avec affection faire toutes ces choses –dont je n’avais absolument pas besoin, bien évidemment- en me disant que, si ça leur donne la tranquillité et la quiétude qu’ils recherchent, tant mieux. Très souvent, leur protectionnisme exagéré m’exacerbait, mais cette fois-ci, je n’y ai pas accordé beaucoup d’importance. Au fond, j’étais plutôt heureuse. J’attendais cette petite semaine avec impatience. Une semaine où, même quand je serai à la maison, je ne serai confrontée qu’à moi-même, une semaine à vivre égoïstement, rien que pour moi ; une semaine à faire les choses comme je les sens et quand je les sens, sans avoir à appeler pour dire que je ne rentrerai pas à midi ou que je rentrerai tard le soir et sans avoir à justifier cela ; une semaine où je mangerai quand j’en aurai envie et pas forcément à des heures précises, j’écouterai mes chansons favorites et j’allumerai la télé sans tomber quotidiennement sur Aljazeera et autres chaînes prédicatrices ; une semaine à rester allongée au lit jusqu’à des heures tardives, un livre à la main, sans que ma mère ne vienne me dire que ça sert à rien de lire puisque j’ai déjà pas mal de diplômes et que je travaille et gagne bien ma vie… Bref, une semaine à vivre pour moi et rien que pour moi… Le pied, quoi!
J’étais donc seule hier, en train de me faire les ongles et d’écouter une magnifique chanson de Chris De Burgh. « If you really love her, let her go ». Mon portable a sonné et je me suis réjouie de voir ton nom s’afficher sur l’écran de mon portable… Mais je t’avoue, cher ami, que je n’ai pas compris ton attitude. Dès que je t’ai parlé de lui, tu t’es complètement métamorphosé. Tu ne peux pas m’obliger à t’aimer. Et puis, comment peux-tu prétendre m’aimer alors que nous nous connaissons à peine ? Ne me parle pas des années que nous avons passées ensemble, parce qu’en réalité, même si je te connais depuis plus de 3 ans, nous ne nous sommes rencontrés que 3 ou 4 fois ; et si nous nous connaissons assez bien–ou que nous avons cette impression-, c’est essentiellement grâce à MSN et au téléphone portable. Des milliers de kilomètres nous séparent et je n’ai jamais cru à l’amour virtuel. Avons-nous eu une histoire pour que tu me parles de trahison ou de fidélité ? Notre « histoire » n’a jamais dépassé le simple jeu de mots coquin. Je pensais pourtant que les choses étaient claires entre nous…
Tu ne m’aimes pas, crois-moi. Tu aimes l’image que tu t’es faite de moi. L’image d’une Chama sympathique, jolie, coquine, sexy (d’ailleurs, tu es le seul à me trouver sexy), intelligente, pétillante de vie… Mais peux-tu prétendre bien connaître la femme que je suis ? Peux-tu prétendre connaître mes rêves, mes crises, mes douleurs, mes ambitions, mes angoisses, mes défauts, mes larmes, mes folies, mes débits à la banque, ma famille, mon rythme de vie, mon quotidien, mes déceptions, mes chansons préférées, ce qui me fait plaisir… ? Tu ne connais rien de tout cela… Et tu prétends m’aimer « comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma » comme dirait l’autre que je n’aime pas trop…
Oui je me rappelle de notre discussion ce soir-là à l’autre bout du monde. Oui nous avons sympathisé. Oui nos idées se sont mariées à un moment… Mais depuis, il s’est passé tellement de choses. J’ai rencontré beaucoup de personnes et me suis faite de nouveaux amis. J’ai pleuré. J’ai réussi. Je me suis bagarré avec ma mère des dizaines de fois. J’ai eu des hauts et des bas dans mon boulot. Et tu n’étais pas là pour partager ces choses avec moi, tout comme tu ne seras là pour partager d’autres choses avec moi dans l’avenir et tout comme je ne partage absolument rien avec toi. Je ne te reproche rien. Mais y’a tellement de choses qui nous séparent et puis surtout… Mon cœur n’a pas vibré pour toi…
Non cher ami, ce n’était pas une aventure… Nous n’en sommes pas là… C’était tout simplement une discussion euphorique, appuyé par le climat et l’ambiance magique de l’endroit et de l’ambiance. On s’est rendu compte qu’on partageait pas mal de choses, qu’on avait les mêmes craintes, les mêmes peurs, les mêmes angoisses, le même romantisme camouflé… Et ça s’est arrêté là. Je suis rentrée chez moi et tu es rentré chez toi et nous avons poursuivi chacun son chemin. On s’appelait, on s’échangeait des emails, on rigolait sur MSN… Sans plus… Je n’ai jamais pris au sérieux tes déclarations multiples parce que je ne pouvais croire qu’un gars aussi intelligent et aussi cartésien que toi puisse croire un moment être amoureux d’une fille qu’il connaît depuis trois ans, oui, mais qu’il a rencontré 3 fois uniquement. Je sais que tu es sincère… Mais je sais aussi que tu te trompes. « Je t’acceptes comme tu es ». Il ne s’agit pas que de m’accepter mon cher ami. Sinon, les choses airaient été effectivement moins compliquées. Tu m’aurais « accepté comme je suis », je t’aurais dit Llah yerhem lwalidine et la vie aurait été belle… Nous nous serions mariés et nous aurions eu beaucoup d’enfants… Mais les choses sont moins simples…
Je n’ai pas compris ta révolte quand je t’ai parlé de lui. Fidélité ? Mais de quoi tu parles ? A qui dois-je être fidèle mon ami ? A quoi ? A une discussion ? « Es-tu amoureuse de lui ? », « As-tu fais l’amour avec lui ? »… Mais ça ne te regarde pas cher ami… C’est ma vie personnelle… C’est mon intimité… Et ça ne changera rien entre toi et moi que je sois ou pas amoureuse de lui, que j’aie ou pas fait l’amour avec lui … Non cher ami, il n’est pas mieux que toi tout comme tu n’es pas mieux que lui… Ne me parle pas de mariage s’il te plait parce que c’est trop tôt. Et puis, pourquoi deviens-tu d’un coup comme tous les autres ? Pourquoi penses-tu que le fait que tu veuilles m’épouser fasse de toi un meilleur homme pour moi, forcément plus sérieux, forcément plus sincère ? Je sais que tu fais partie des prétendants dont la perte ferait arracher leurs cheveux à ma mère et à khalti Naima. Elles, à la limite, je comprends bien qu’elles ne se soucient pas de mes sentiments autant que de l’image de la fille dévergondée que je véhiculerai toujours tant que je ne suis pas mariée. Mais toi, l’intellectuel averti… Comment peux-tu confondre amour et amitié, amour et sympathie, amour et admiration ? Parce qu’au fond, tu m’admires, tu m’apprécies, tu me chéries… Mais tu ne m’aimes pas…
Tu n’as pas besoin de l’insulter. Je le connais depuis si peu mais je l’ai choisi et j’ai choisi de partager certaines choses avec lui et pas avec un autre. Ne comprends-tu pas que tu ne peux pas et que je ne peux pas me forcer à t’aimer ? Ne me demande pas d’explications… Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, c’est vieux et c’est bien connu…
J’aimerais bien, cher ami, que tu écoutes cette chanson de Chris De Burgh : « If you really love her, let her go »… Parce que je pense que, quand bien même tu serais réellement amoureux de moi, l’amour ne saurait se conjuguer à l’imparfait. L’amour ne saurait être égoïsme. L’amour, le vrai, c’est celui qui nous donne cette grande amertume au cœur de voir celui qu’on aime dans les bras d’un autre, mais nous rend tout de même heureux de le voir comblé… C’est l’amour que je connais et que j’accepte et que je respecte… Tout le reste n’est pour moi que possessivité…
Sanaa Elaji –
Publié dans Citadine du mois de Juin 2006
(Les Tribulations de Chama)
17:05 Publié dans Les tribulations de Chama | Lien permanent | Commentaires (163) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
03/07/2006
On ne fait pas de politique avec ses organes génitaux
J'ai été interpelée par le plus magnifique des interrogateurs du Maroc (Enfin, je les connais pas tous, mais bon... passons!): Driss Bennani. C'est dans Telquel N° 231, semaine du 26 Juin 2006. Le PV est consultable sur ce lien.
Comme ça au moins, vous aurez mon numéro de CIN.... :-) (Ceux qui veulent le nimiro de tilifoune peuvent me contacter au 061-35...)
Réaction (en arabe) de Miloud Atamani. Boussa kbira à toi cher ami...
14:25 Publié dans San'Actu | Lien permanent | Commentaires (65) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20/06/2006
Un seul poisson ne suffit pas
"سمكة واحدة لا تكفي..."
كنت أسوق سيارتي باتجاه مكتبي كعادتي كل صباح. من الراديو تنطلق موسيقى جميلة تبعث على الحلم والحب. توقفت في إحدى إشارات المرور. طفل جاء يمسح زجاج سيارتي بمنديل كالح طالبا مني نقودا. أشرت برأسي أن لا، طالبة منه أن يتوقف عن مسح الزجاج واستأنفت شرودي اللامبالي واستمتاعي بالألحان المنبعثة من الراديو. مشهد عادي نعيشه باستمرار في الدار البيضاء. مشهد روتيني. تافه إلى حد ما. أطفال يبيعون المناديل الورقية، يمسحون زجاج السيارات، يبيعون معطرات السيارات أو يطلبون صدقة بشكل مباشر وبدون مبررات. مر علي زمن كنت فيه "أساعدهم" بشراء بعض ما يعرضون وإن لم أكن بحاجة له. ثم بت أتبرم من كثرتهم وأقول بأن علينا "أن نعلمهم اصطياد السمك لا أن نعطيهم سمكة"… لكن أحدنا لم يعلمهم يوما اصطياد السمك. وظلوا يعيشون على فضلات أسماكنا وعلى ما تبقى لنا من الجود والكرم، حسب مزاجنا… حسب إحساس اللحظة… حسب مفهومنا للسمك وللاصطياد…
صاروا مصدر إزعاج لنا بعد أن كانوا مصدر إزعاج لآبائهم. نتبرم منهم. ننزعج من كثرتهم. نتساءل إلى متى. ننهرهم أحيانا ونقفل نوافذ سياراتنا بسرعة في وجوههم الوسخة. لكن المشهد استوقفني يومها. استغربت موقفي وردة فعلي العابرة غير المهتمة. استنكرت لامبالاتي. شباب وأطفال ولدوا خطأ ويعيشون خطأ لمجرد أن الوالدين في يوم من الأيام، تماما كآبائنا ربما، قالوا بأن الأطفال زينة الحياة الدنيا. وفي لحظة عنف، في لحظة حقد، في لحظة طيش، في لحظة غضب، لفظهم البيت الأسري إلى العالم ليعيشوا على هوامشه…
آباء أنجبوا أطفالا احتضنهم الشارع... رزقهم غير مضمون ومستقبلهم غامض معقد... آباء وأمهات يكرون أطفالهم لمتسولين... آباء وأمهات يرمونهم بين أحضان الشارع... آباء وأمهات يُشغلونهم أطفالا... ترى، هل يشتاقون لهم اليوم؟ هل يفكرون بهم؟... ونتحدث بعد ذلك عن الأمومة وعن الأبوة وعن الأحاسيس الخارقة... نتحدث عن التضامن وعن الأخوة وعن القيم العربية الأصيلة... مجرد هراء... شعارات خاوية جوفاء... مشاهد كهذه، نمر بها يوميا بدون أن تلفت أنظارنا، تقلب كل مفاهيمي وتصوراتي. تجعلني أرفض كل العبارات الجاهزة التي نسمعها يوميا: الظروف الاجتماعية، الفقر، "اللي تزاد يتزاد برزقه"، قلب الأم يسع العالم، الكرم العربي، التضامن... لأن لاشيء من كل هذا صحيح...
ونحن نمر كل يوم من أمامهم، نبخل عليهم حتى بالكلمات ونشير بأيدينا طالبين منهم أن يتوقفوا أو متكرمين ببعض الدراهم... نجلس بعد ذلك في مكاتبنا المكيفة أو في مقهى جميل نتحدث عن الظروف الاجتماعية التي قادت هؤلاء الأطفال أمام مواقف المرور وعن الحلول الكفيلة بحل هذه المعضلة الاجتماعية. نتحدث عن مسؤولية الدولة وعن دور الجمعيات والمجتمع المدني. نروي قصصنا وحكاوينا معهم... وحين يعم الليل، نأوي لأفرشتنا الدافئة ونترك لهم الشارع والعالم بأسره... ما أحلى التضامن وما ألذ السمك...
سناء العاجي
الصحراء المغربية - 23 أبريل 2006
15:20 Publié dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (68) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

